Un peu après l’Île Saint Denis en allant vers Paris, il y a Gennevilliers.
C’est toujours aussi gris. Des entrepôts, des camions, l’autoroute.
J’ai rencontré Hervé magasinier dans une entreprise de terrassement, il travaillait sur l’espace de stockage en plein air. Il me disait que régulièrement du matériel était volé. Parfois des véhicules brûlés, il ne connaissait pas le motif de ces actes et puis il s’en foutait un peu. Il a refusé que je le prenne en photographie, pourtant malgré le froid, la tenue de travail, il avait fier allure.
Un peu plus tard, mon oeil s’est posé sur une enseigne de société de camion de transport. A la fenêtre Sylvie, le mot tout de suite bienveillant, me dit que l’enseigne est d’origine, elle date de 1953. C’est une entreprise familiale, toute petite elle a grandi dans le hangar entre ces gros camions, à 18 ans, elle passe son permis super poids lourd, on ne se posait pas trop de questions à cette époque. Maintenant c’est elle la patronne. Il n’y aura pas de relève, sa fille unique Charlotte est gravement handicapée, une maladie génétique rare. Je sens que les larmes ne sont pas loin, elle avoue qu’elle n’a pas le temps de s’occuper d’elle entre le garage, sa fille. On discute des difficultés de prise en charge qui existent pour les personnes dépendantes, les gens sont livrés à eux-même. Sa fille a 31 ans, elle la connait par coeur, son mari Pedro me raconte que Sylvie est capable – avant même que les symptômes soient perceptibles – de savoir quand sa fille va tomber malade. Elle a appris à la mettre sur le ventre, aspirer ses bronches pour éviter des passages aux urgences traumatisant.
Charlotte joue sur une tablette à reconnaissance oculaire, cette technologie vaut plusieurs milliers d’euros. Elle s’était faite la réflexion – avec un couple qu’elle connaissait de juriste et médecin qui ont un enfant handicapé – finalement c’est quoi comparé à toutes les dépenses faites pour un enfant sans handicap ? Pas grand chose financièrement.
Humainement le coût est inimaginable.
Ils m’ouvrent les grandes portes du garage et ont la gentillesse de me laisser déambuler dans cet endroit chargé de nostalgie, rien n’a bougé depuis les années 70. Ils gardent précieusement un vieux camion qu’ils ne sont pas prêt à vendre. Dans ces photos, vous ne les voyez pas mais il y a Sylvie, Pedro et Charlotte qui résistent derrière ces carrosseries, ces chromes et ces tôles.





























