Cette série est une balade, un lundi de novembre, gris.

A 5 minutes en vélo de chez moi il y a Enghien Les Bains, ville thermale habillée d’un très beau lac où nous faisons quasiment toutes nos promenades. Ici, les photos sont prises à 5 minutes en vélo de chez moi, à l’opposé d’Enghien Les Bains, sur l’Ile-Saint-Denis. Le contraste est saisissant. Je voulais qu’il fasse gris. Avec l’idée que les photos seraient plus en phase avec l’esthétique que j’avais en tête, alors j’ai vu ce ciel gris comme un magnifique ciel bleu. Ces lieux, je passe devant à chaque fois que je traverse la Seine, il y a une grande route, les voitures font du cul à cul, les barres d'immeuble, le bitume. Sur le chemin, l’école maternelle de mon fils, le cimetière où mon grand-père maternel est enterré, j’y vais jamais, je ne sais même plus où il est placé. Ce chemin je l’ai fait des centaines de fois en voiture avec ma mère, avec Inès.

Sur mon vélo avec mon fujifilm focale fixe 27mm, film noir et blanc ACROS, ce n’était pas le même chemin.

En réalité ces lieux dégagent une beauté singulière, cette vie que je découvre qui s’organise autour de la Seine. Il faut prendre le temps de s’arrêter, descendre, traverser, s’éloigner, se rapprocher. J’ai exploré un petit monde caché sous mes yeux. Cela faisait 5 ans que je n'avais pas fait de sortie photo. Tel un débutant, j’ai dû rentrer au bout de deux heures faute de batterie suffisamment chargée. J’écris ce texte avant même d’avoir regardé mes photos car peu importe le résultat, les photos ont été le moteur et pas la finalité. Des photos brutes à peine recadrées, tristes et assez banales mais elles marqueront ce petit temps avec ma ville, le vivant qui respire sous les ponts, au bord de Seine, le vivant qui parfois suffoque dans ce béton. Cette série est la conséquence de la rencontre ratée avec Elian aujourd’hui avec qui je devais passé la journée, on devait aller faire une exposition photo et le lundi, il n’y a pas d’exposition photo. Il avait la crève aussi. Je lui dédie cette série parce qu’il m’a donné envie de reprendre la photo.

Et bien sûr une pensée pour Nabi Saleh, ville palestinienne jumelée où ils n’ont pas ce luxe de sortir faire des photos.

On pourra te confisquer ton argent, ta montre, ta maison, ton travail. Même ta virginité et ton honneur peuvent être volés. Personne ne pourra jamais te voler les livres que tu as déjà lus. C’est pour ça que l’ont fait croire aux pauvres et aux miséreux que la culture n’est pas faite pour eux : parce que l’on sait que s’ils parviennent à l’acquérir, jamais on ne pourra la leur reprendre.

Gilles Marchand

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